6 octobre
SAINT BRUNO, FONDATEUR DE
L’ORDRE DES CHARTREUX ( XIe SIÈCLE ).
Saint Bruno, le
restaurateur de la vie solitaire en Occident, naquit à Cologne vers l’an 1035.
Ses parents, distingués par leurs richesses, étaient encore plus recommandables
par leurs vertus. Bruno passa sa jeunesse de manière à ne pas ressentir plus
tard des remords souvent infructueux, sur des années précieuses qu’on a données
au monde et à ses plaisirs. On le vit de bonne heure élevé au dessus des
faiblesses ordinaires à ceux de son âge;
et le Seigneur, qui le conduisit comme par la main, mit son innocence à couvert
de tous les dangers qu’on court dans le siècle. Après avoir excellé dans les
belles-lettres, il se distingua encore plus dans la théologie et dans la
science des Pères; il s’y rendit si habile qu’il passa pour un des plus
célèbres docteurs de son temps. Il était encore très-jeune, lorsque saint
Annon, son archevêque, le fit venir à Cologne, le pourvut d’un canonicat dans
l’église de Saint-Cunibert et l’éleva aux premiers ordres sacrés. Après la mort
d’Annon, il fut chanoine, et chancelier de l’Église de Reims.
Comme Bruno
s’entretenait un jour, avec quelques amis, des dangers où le siècle nous
expose, et particulièrement des troubles qui divisaient alors l’Église de Reims,
ils prirent tous ensemble la résolution d’abandonner au plus tôt les biens de
cette vie et d’embrasser l’état monastique.
Des auteurs dignes
de foi rapportent cependant ainsi la cause de la résolution de Bruno. Bruno
assistait à Paris aux funérailles d’un chanoine de Notre-Dame nommé Raymond
Diocus; pendant l’office, à ces mots d’une leçon: Responde mihi; « Répondez-moi, » le mort leva la tête hors du
cercueil et prononça ces mots terribles: Justo
Dei judicio accusatus sum; « J’ai été accusé par le juste jugement de DIEU.
» L’effroi saisit les assistants, qui s’enfuirent, et l’on remit la cérémonie
au jour suivant. Le lendemain, aux mêmes paroles de la leçon, le mort leva de
nouveau la tête et dit: Justo DEI judicio
judicatus sum; « J’ai été jugé par le juste jugement de DIEU. » L’épouvante
gagne encore les spectateurs et les obsèques sont renvoyées de nouveau au
lendemain; et ce jour-là, à la même heure, aux mêmes paroles, le mort répond: Justo DEI judicio condemnatus sum; «
J’ai été condamné par le juste jugement de DIEU. »
Bruno, témoin de
cet événement tragique, quitta son bénéfice, abandonna le monde et, suivi de
six compagnons, vint s’adresser à saint Hugues, évêque de Grenoble, qui le
conduisit lui-même, en 1084, dans un affreux désert appelé Chartreuse. Voici ce
que Guibert de Nogent rapporte de la vie de ces premiers solitaires. « Chacun
avait une cellule séparée, mais ils passaient ensemble le saint jour du
dimanche. En se séparant, ils emportaient un pain et une seule espèce de légume
pour toute la semaine. Tout était pauvre chez eux, même dans leurs églises, où
l’on ne voyait ni or, ni argent, excepté un calice; ils étaient riches en
livres, et leur travail ordinaire était de les copier. »
Le saint évêque de
Grenoble, charmé de voir former auprès de lui ce nouveau peuple de saints,
allait souvent les visiter, sans avoir égard à la difficulté des chemins; il ne
faisait rien de considérable sans consulter Bruno. Le comte de Nevers, seigneur
d’une grande piété, accourut comme les autres à cet asile de la vertu; et après
y être resté quelque temps pour s’affermir par leur exemple dans l’amour qu’il
avait déjà pour le bien, il en sortit en rendant grâces à
DIEU des merveilles que sa droite savait opérer dans les cœurs où il daignait
habiter. Quelque temps après, il leur envoya beaucoup de vaisselle d’argent,
qu’il les priait d’accepter de lui. Mais ces saints solitaires aimaient trop la
pauvreté pour souffrir que l’on y donnât la moindre atteinte. Ils renvoyèrent
donc au comte toute cette argenterie en lui disant qu’elle leur était inutile.
Alors le comte leur envoya une grande quantité de parchemin pour servir à leurs
ouvrages.
Six ans s’étant
écoulés de la sorte, le pape Urbain II, qui avait été disciple de Bruno à
Reims, et qui connaissait sa vertu et sa capacité, le manda auprès de lui pour
le consulter sur les affaires de l’Église. Bruno obéit et partit pour l’Italie
en 1089, après avoir établi Landuin prieur de la Chartreuse. Le pape reçut le
saint avec de grandes marques d’estime et d’affection, lui donna un logement
dans son palais et voulut l’obliger d’accepter l’archevêché de Reggio. Mais
Bruno refusa et obtint, non la permission de retourner à la Grande-Chartreuse,
mais de se retirer dans un désert de la Calabre, avec quelques compagnons qui
s’étaient attachés à lui depuis son séjour en Italie. Il y construisit un
monastère où il passa les dernières années de sa vie.
Saint Bruno se
sentant près de sa fin, assembla la communauté, et leur raconta toute la suite
de sa vie depuis son enfance, par forme de confession générale. Ensuite il fit
sa profession de foi, qu’il conclut ainsi: « Je crois les sacrements que
l’Église croit, et nommément que le pain et le vin consacrés sur l’autel sont
le vrai corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sa vraie chair et son vrai sang,
que nous recevons pour la rémission de nos péchés et dans l’espérance du salut
éternel. » Il mourut le dimanche 6 octobre 1101.
PRATIQUES. — 1. On voit les maux de l’Église, on s’en
entretient; mais on ne pense point à diminuer ces maux par des prières
ferventes et par une conversion sincère.
2. Un véritable pauvre
craint autant les richesses qu’un avare craint la pauvreté.
PRIÈRE. — Vous savez, Seigneur, ce qui nous convient; ne
permettez pas que nous quittions sans votre ordre l’état où votre providence
nous a placés.
A.I.
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