PSAUME 22 ( Vulg. )
DIEU, BERGER DE L'HOMME.
Psaume de David.
Le Seigneur est mon berger, je ne manquerai de rien,
2 Il me fait reposer dans de verts pâturages.
Il me conduit auprès des eaux reposantes,
3 Il restaure les forces de mon âme.
Il me mène dans le droit chemin,
Pour l'honneur de son nom.
4 Quand même j'aurais à marcher dans la vallée des ombres de la mort,
Je ne craindrais aucun mal, parce que vous êtes avec moi.
Votre bâton, votre houlette,
Voilà mon réconfort.
5 Vous me dressez une table
Sous les yeux mêmes de mes ennemis.
Vous versez le parfum sur ma tête,
Ma coupe est débordante.
6 Les bienfaits de votre bonté m'accompagneront
Tous les jours de ma vie.
Et j'habiterai de longs jours
Dans la maison du Seigneur.
( Maredsous 1949 )
Sunday, 16 November 2014
Saturday, 15 November 2014
BÉNÉDICTION « ad omnia »
BÉNÉDICTION « ad omnia »
( POUR TOUT CE QUI N'A PAS UNE BÉNÉDICTION SPÉCIALE )
V/. Adjutórium nostrum in nómine Dómini.
R/. Qui fecit cælum et terram.
V/. Dóminus vobíscum.
R/. Et cum spíritu tuo.
Orémus. — DEUS, cujus verbo sanctificántur ómnia, bene+dictiónem tuam effúnde super creatúram istam ( creatúras istas ); et præsta, ut quisquis ea(eis) secúndum legem et voluntátem tuam cum gratiárum actióne usus fúerit, per invocatiónem sanctíssimi nóminis tui, córporis sanitátem, et ánimæ tutélam, te auctóre, percípiat. Per Christum Dóminum nostrum.
R/. Amen.
BÉNÉDICTION « ad omnia »
( POUR TOUT CE QUI N'A PAS UNE BÉNÉDICTION SPÉCIALE )
V/. Notre secours est dans le nom du Seigneur.
R/. Qui a fait le ciel et la terre.
V/. Le Seigneur soit avec vous.
R/. Et avec votre esprit.
Prions. — DIEU, qui sanctifiez toutes choses par votre parole, faites descendre votre bénédiction sur cette créature (ces créatures), et accordez à quiconque en usera avec action de grâces, selon votre loi et votre volonté, de recevoir par l'invocation de votre très saint nom santé pour le corps et protection pour l'âme. Par le Christ notre Seigneur.
R/. Ainsi soit-il.
( POUR TOUT CE QUI N'A PAS UNE BÉNÉDICTION SPÉCIALE )
V/. Adjutórium nostrum in nómine Dómini.
R/. Qui fecit cælum et terram.
V/. Dóminus vobíscum.
R/. Et cum spíritu tuo.
Orémus. — DEUS, cujus verbo sanctificántur ómnia, bene+dictiónem tuam effúnde super creatúram istam ( creatúras istas ); et præsta, ut quisquis ea(eis) secúndum legem et voluntátem tuam cum gratiárum actióne usus fúerit, per invocatiónem sanctíssimi nóminis tui, córporis sanitátem, et ánimæ tutélam, te auctóre, percípiat. Per Christum Dóminum nostrum.
R/. Amen.
BÉNÉDICTION « ad omnia »
( POUR TOUT CE QUI N'A PAS UNE BÉNÉDICTION SPÉCIALE )
V/. Notre secours est dans le nom du Seigneur.
R/. Qui a fait le ciel et la terre.
V/. Le Seigneur soit avec vous.
R/. Et avec votre esprit.
Prions. — DIEU, qui sanctifiez toutes choses par votre parole, faites descendre votre bénédiction sur cette créature (ces créatures), et accordez à quiconque en usera avec action de grâces, selon votre loi et votre volonté, de recevoir par l'invocation de votre très saint nom santé pour le corps et protection pour l'âme. Par le Christ notre Seigneur.
R/. Ainsi soit-il.
LA SAINTE MESSE NE NUIT PAS AU TRAVAIL, MAIS LE FAVORISE
CHAPITRE XXIV.
LA SAINTE MESSE NE NUIT PAS AU TRAVAIL, MAIS LE FAVORISE.
Un des principaux prétextes qu'allèguent les hommes pour se dispenser de la sainte Messe, c'est le travail. Jour et nuit ils s'y acharnent, crient à la perte du temps si l'on consacre une heure au service de DIEU, et qualifient de paresseux ceux qui envisagent surnaturellement l'emploi de leur vie. Réfuter l'erreur grossière de ces pauvres insensés et montrer combien elle leur est préjudiciable, sera pour moi une vraie satisfaction.
Si, en se rendant au travail, on rencontre un ami, on s'arrête volontiers une petite demi-heure pour écouter les nouvelles, causer de choses ou autres, échanger des propos inutiles, et cela sans aucune arrière pensée. S'agit-il d'entendre la sainte Messe, le souvenir du travail qui vous attend est un tourment continuel. Ne voyez-vous pas que le démon seul peut vous rendre si empressé aux choses de la terre et qu'il a grand intérêt, en particulier, à vous détourner de la sainte Messe? Croyez-moi, loin de nuire au travail, la sainte Messe l'avance et le rend plus lucratif.
Notre divin Maître nous recommande de chercher d'abord le royaume de DIEU et sa justice, « et tout le reste vous sera donné par surcroît. » Ce qui s'interprête ainsi: « Ne vous inquiétez pas de la nourriture du corps, mais avant de vous mettre à la besogne, entendez la sainte Messe. Vous rendez à DIEU le culte qui lui est dû, et DIEU, en retour, vous donnera le pain de chaque jour. Si vous rendez à un grand de la terre, quelqu'important et agréable service, n'en êtes-vous pas récompensé? Or, en assistant à la sainte Messe, vous rendez à DIEU un hommage éclatant, une gloire infinie, une incomparable satisfaction; vous lui offrez un présent plus précieux que le ciel même. Le Seigneur, très riche, très libéral, laissera-t-il cet acte sans récompense? Permettra-t-il qu'il vous arrive du mal à cause de votre dévouement? Jamais! Tout bien est récompensé par lui, à plus forte raison le plus grand bien. S'il oubliait, vous pourriez lui dire au jour du jugement: Seigneur, j'ai entendu une Messe pour vous glorifier et vous ne m'en avez pas récompensé. Bien plus, j'ai perdu à votre service au lieu de gagner. Jamais DIEU ne méritera pareil reproche, car, non content de leur réserver au ciel une récompense impérissable, il bénit dès ici-bas les entreprises de ceux qui assistent assidûment à la sainte Messe.
Témoin ces deux artisans dont parle saint Jean l'Aumônier; l'un était chargé d'une famille nombreuse, l'autre vivait seul avec sa femme.
Le premier nourrissait sa famille et l'élevait dans l'aisance; tout lui réussissait à merveille, et, au bout de l'année, il avait même réalisé quelques économies. L'autre, quoique seul, mourait de faim. « Apprenez-moi, dit celui-ci confidentiellement à son voisin, comment vous faites. On dirait que dans votre maison DIEU fait pleuvoir tous les biens, tandis que moi, infortuné, tous les malheurs m'accablent. — Je vous l'apprendrai bien, lui répondit son ami; demain matin je passerai chez vous et nous irons ensemble au lieu où je puise ma bonne fortune. » Le lendemain matin le pieux ouvrier alla prendre son camarade et le conduisit à l'église où ils entendirent la Messe. Puis il le ramena à son atelier; de même le second et le troisième jour. « Si ce n'est que cela, dit le malchanceux ouvrier, il n'est pas besoin que vous vous dérangiez tous les jours. Je connais le chemin de l'église. — C'est précisément cela, répondit son ami, et je n'ai pas d'autre secret. C'est de la Messe que je retire assez de bien pour que rien ne manque dans ma maison. Si vous vouliez imiter mon exemple, DIEU vous accorderait les mêmes bienfaits. J'en appelle à Notre-Seigneur qui dit: « Cherchez premièrement le royaume de DIEU et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît. » Dès les premiers jours de mon mariage j'ai cherché le royaume de DIEU par l'assistance quotidienne à la sainte Messe, et les choses nous ont été données suffisamment. Au contraire, sous prétexte de travail, vous avez négligé la sainte Messe, et vous apprenez à vos dépens combien le Seigneur est fidèle dans ses promesses. » Cette exhortation alla droit au cœur du malheureux; il
p. 248
LA SAINTE MESSE NE NUIT PAS AU TRAVAIL, MAIS LE FAVORISE.
Un des principaux prétextes qu'allèguent les hommes pour se dispenser de la sainte Messe, c'est le travail. Jour et nuit ils s'y acharnent, crient à la perte du temps si l'on consacre une heure au service de DIEU, et qualifient de paresseux ceux qui envisagent surnaturellement l'emploi de leur vie. Réfuter l'erreur grossière de ces pauvres insensés et montrer combien elle leur est préjudiciable, sera pour moi une vraie satisfaction.
Si, en se rendant au travail, on rencontre un ami, on s'arrête volontiers une petite demi-heure pour écouter les nouvelles, causer de choses ou autres, échanger des propos inutiles, et cela sans aucune arrière pensée. S'agit-il d'entendre la sainte Messe, le souvenir du travail qui vous attend est un tourment continuel. Ne voyez-vous pas que le démon seul peut vous rendre si empressé aux choses de la terre et qu'il a grand intérêt, en particulier, à vous détourner de la sainte Messe? Croyez-moi, loin de nuire au travail, la sainte Messe l'avance et le rend plus lucratif.
Notre divin Maître nous recommande de chercher d'abord le royaume de DIEU et sa justice, « et tout le reste vous sera donné par surcroît. » Ce qui s'interprête ainsi: « Ne vous inquiétez pas de la nourriture du corps, mais avant de vous mettre à la besogne, entendez la sainte Messe. Vous rendez à DIEU le culte qui lui est dû, et DIEU, en retour, vous donnera le pain de chaque jour. Si vous rendez à un grand de la terre, quelqu'important et agréable service, n'en êtes-vous pas récompensé? Or, en assistant à la sainte Messe, vous rendez à DIEU un hommage éclatant, une gloire infinie, une incomparable satisfaction; vous lui offrez un présent plus précieux que le ciel même. Le Seigneur, très riche, très libéral, laissera-t-il cet acte sans récompense? Permettra-t-il qu'il vous arrive du mal à cause de votre dévouement? Jamais! Tout bien est récompensé par lui, à plus forte raison le plus grand bien. S'il oubliait, vous pourriez lui dire au jour du jugement: Seigneur, j'ai entendu une Messe pour vous glorifier et vous ne m'en avez pas récompensé. Bien plus, j'ai perdu à votre service au lieu de gagner. Jamais DIEU ne méritera pareil reproche, car, non content de leur réserver au ciel une récompense impérissable, il bénit dès ici-bas les entreprises de ceux qui assistent assidûment à la sainte Messe.
Témoin ces deux artisans dont parle saint Jean l'Aumônier; l'un était chargé d'une famille nombreuse, l'autre vivait seul avec sa femme.
Le premier nourrissait sa famille et l'élevait dans l'aisance; tout lui réussissait à merveille, et, au bout de l'année, il avait même réalisé quelques économies. L'autre, quoique seul, mourait de faim. « Apprenez-moi, dit celui-ci confidentiellement à son voisin, comment vous faites. On dirait que dans votre maison DIEU fait pleuvoir tous les biens, tandis que moi, infortuné, tous les malheurs m'accablent. — Je vous l'apprendrai bien, lui répondit son ami; demain matin je passerai chez vous et nous irons ensemble au lieu où je puise ma bonne fortune. » Le lendemain matin le pieux ouvrier alla prendre son camarade et le conduisit à l'église où ils entendirent la Messe. Puis il le ramena à son atelier; de même le second et le troisième jour. « Si ce n'est que cela, dit le malchanceux ouvrier, il n'est pas besoin que vous vous dérangiez tous les jours. Je connais le chemin de l'église. — C'est précisément cela, répondit son ami, et je n'ai pas d'autre secret. C'est de la Messe que je retire assez de bien pour que rien ne manque dans ma maison. Si vous vouliez imiter mon exemple, DIEU vous accorderait les mêmes bienfaits. J'en appelle à Notre-Seigneur qui dit: « Cherchez premièrement le royaume de DIEU et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît. » Dès les premiers jours de mon mariage j'ai cherché le royaume de DIEU par l'assistance quotidienne à la sainte Messe, et les choses nous ont été données suffisamment. Au contraire, sous prétexte de travail, vous avez négligé la sainte Messe, et vous apprenez à vos dépens combien le Seigneur est fidèle dans ses promesses. » Cette exhortation alla droit au cœur du malheureux; il
p. 248
Friday, 7 November 2014
LA DIVINE EUCHARISTIE 1
LA DIVINE EUCHARISTIE
p. 45
Le TESTAMENT de JÉSUS-CHRIST
Hic calix novum testamentum est in meo sanguine.
Ce calice de mon sang est mon testament. COR., XI, 25.
LA VEILLE de la mort du Sauveur, le Jeudi-Saint, le jour de l'institution du sacrement adorable de l'Eucharistie!
Voilà le plus beau jour de vie de Notre-Seigneur. C'est le plus grand jour de son amour et de sa tendresse.
JÉSUS-CHRIST va se perpétuer au milieu de nous.- Son amour est immense sur la croix; et le jour de sa mort, il nous témoigne bien de l'amour, sans doute; mais ses douleurs finiront, et le Vendredi-Saint ne dure qu'un jour!
Le Jeudi-Saint durera jusqu'à la fin du
p. 46
monde: JÉSUS se fait le Sacrement de lui-même pour toujours.
[ l ]
En ce jour donc, Notre-Seigneur se souvient qu'il est père, et il veut faire son testament; il va mourir.
Quel acte solennel dans une famille!
C'est, pour ainsi dire, le dernier de la vie et qui se prolonge par-delà le tombeau.
Un père donne ce qu'il a; il ne peut se donner lui-même, il ne s'appartient pas; il fait un legs à chacun de ses enfants ainsi qu'à ses amis; il donne ce qu'il a de plus cher. Mais Notre-Seigneur se donnera lui-même!
Il n'a ni richesses, ni possession, ni maison; il n'a pas même où reposer sa tête. Ceux qui attendent de lui quelque bien temporel, n'auront rien: sa croix, trois clous, sa couronne d'épines: voilà tout son héritage matériel.
Ah! Si Notre-Seigneur donnait des héritages, combien seraient bons chrétiens! Tous seraient ses disciples!
Mais non, il n'a rien, pas même de gloire à
p. 47
donner ici-bas; on va assez l'humilier dans sa Passion!
Et, cependant, Notre-Seigneur veut faire un testament. Avec quoi? - Avec lui-même.
- Il est DIEU et homme; comme DIEU, il est maître de sa sainte humanité; il nous la donne, et avec elle, tout ce qu'il est.
Il nous la donne vraiment; ce n'est pas un prêt, c'est un don.
Il s'immobilise, se fait comme une chose, pour que nous le puissions posséder véritablement.
Il se fait pain; son Corps, son Sang, son âme et sa divinité remplacent la substance du pain offert: on ne le voit pas, on l'a!
Et voilà notre héritage: Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST! Il veut se donner à tous, mais tous ne le veulent pas. - Il en est qui le voudraient, mais qui refusent d'accepter les conditions de pureté, de bonne vie, qu'il a posées; et leur malice a la puissance d'annuler le legs de DIEU!
p. 48
[ II ]
ADMIREZ les inventions de l'amour de Notre-Seigneur!
C'est lui seul qui a inventé cette œuvre de son amour.
Quel autre aurait pu la prévoir, aurait même osé y penser? ... - Pas même un ange!
Notre-Seigneur tout seul l'a trouvée!
Vous avez besoin de pain? - Je serai votre pain.
Et il est mort content, nous laissant du pain, et quel pain! Comme un père de famille qui travaille toute sa vie, et qui n'a qu'un but: laisser du pain à ses enfants en mourant.
Qu'est-ce que Notre-Seigneur pouvait nous donner de plus?
Dans ce testament d'amour, Notre-Seigneur a tout renfermé, toutes ses grâces et sa gloire même.
Nous pouvons dire au Père céleste: Donnez-moi les grâces dont j'ai besoin, et je vous payerai avec Jésus-Eucharistie qui m'appartient. - C'est mon bien, je puis en faire commerce, et toutes vos grâces, votre gloire même,
p. 49
ô Père saint, sont inférieures à ce prix divin.
QUand nous avons péché, nous avons une victime à offrir pour nos fautes; elle est à nous: Père, je vous l'offre; vous me pardonnerez par JÉSUS et pour JÉSUS; certes il a assez souffert, assez réparé.
Et quelque grâce que DIEU nous accorde, il est toujours en reste avec nous. JÉSUS-CHRIST, notre trésor, vaut plus que toutes les grâces, plus que le Ciel.
Les Sarrasins, tenant saint Louis, tenaient la France pour rançon. - Possédant JÉSUS-CHRIST, nous possédons déjà le Ciel.
Servons-nous donc de cette pensée: faisons fructifier JÉSUS-CHRIST. La plupart l'ensevelissent en eux, ou le laissent dans son suaire, ne s'en servent pas pour gagner le Ciel et des royaumes à DIEU, et nombreux sont-ils!
Servons-nous donc de JÉSUS-CHRIST pour prier et réparer; payons avec JÉSUS, c'est un prix surabondant.
[ III ]
MAIS depuis plus de dix-huit siècles, comment vient-il à moi cet héritage?
JÉSUS-CHRIST l'a confié à des tuteurs qui
p. 50
l'ont géré, qui l'ont conservé, pour nous le remettre à l'heure de notre majorité: ce sont les Apôtres, et parmi eux leur chef impérissable; les Apôtres l'ont remis aux prêtres et ceux-ci nous l'apportent, ouvrent pour nous le testament, nous donnent notre Hostie consacrée dans la pensée de Notre-Seigneur à la Cène: oui, pour JÉSUS-CHRIST il n'y a ni passé, ni présent, ni avenir; il nous connaissait tous à la Cène, ce bon Père; il a consacré en puissance et dans son désir toutes nos Hosties, et nous avons été aimés personnellement dix huit [ vingt ] siècles avant de naître.
Oui, nous étions à la Cène, et JÉSUS nous a réservé, non pas une Hostie, mais cent, mais mille, mais pour tous les jours de notre vie. - Y pensons-nous? JÉSUS a voulu nous aimer avec surabondance. Nos Hosties sont préparées, n'en perdons pas une seule.
Notre-Seigneur ne vient que pour fructifier, et nous le laisserions infécond? - Non, jamais! - Faites-le fructifier par lui-même: Negociamini! Ne laissez pas d'Hosties stériles!
Est-il bon, le Sauveur!
p. 51
La Cène a duré environ trois heures; c'est la Passion de son amour.
Ah! qu'il a coûté cher, ce Pain!
On dit: Le pain est cher. - Qu'est-ce que cela en comparaison du Pain céleste, du Pain de Vie?
Mangeons-le donc; il nous appartient. Notre Seigneur nous l'a acheté, l'a payé lui-même; il nous le donne, il n'y a qu'à le prendre!
Quel honneur! quel amour!
p. 45
Le TESTAMENT de JÉSUS-CHRIST
Hic calix novum testamentum est in meo sanguine.
Ce calice de mon sang est mon testament. COR., XI, 25.
LA VEILLE de la mort du Sauveur, le Jeudi-Saint, le jour de l'institution du sacrement adorable de l'Eucharistie!
Voilà le plus beau jour de vie de Notre-Seigneur. C'est le plus grand jour de son amour et de sa tendresse.
JÉSUS-CHRIST va se perpétuer au milieu de nous.- Son amour est immense sur la croix; et le jour de sa mort, il nous témoigne bien de l'amour, sans doute; mais ses douleurs finiront, et le Vendredi-Saint ne dure qu'un jour!
Le Jeudi-Saint durera jusqu'à la fin du
p. 46
monde: JÉSUS se fait le Sacrement de lui-même pour toujours.
[ l ]
En ce jour donc, Notre-Seigneur se souvient qu'il est père, et il veut faire son testament; il va mourir.
Quel acte solennel dans une famille!
C'est, pour ainsi dire, le dernier de la vie et qui se prolonge par-delà le tombeau.
Un père donne ce qu'il a; il ne peut se donner lui-même, il ne s'appartient pas; il fait un legs à chacun de ses enfants ainsi qu'à ses amis; il donne ce qu'il a de plus cher. Mais Notre-Seigneur se donnera lui-même!
Il n'a ni richesses, ni possession, ni maison; il n'a pas même où reposer sa tête. Ceux qui attendent de lui quelque bien temporel, n'auront rien: sa croix, trois clous, sa couronne d'épines: voilà tout son héritage matériel.
Ah! Si Notre-Seigneur donnait des héritages, combien seraient bons chrétiens! Tous seraient ses disciples!
Mais non, il n'a rien, pas même de gloire à
p. 47
donner ici-bas; on va assez l'humilier dans sa Passion!
Et, cependant, Notre-Seigneur veut faire un testament. Avec quoi? - Avec lui-même.
- Il est DIEU et homme; comme DIEU, il est maître de sa sainte humanité; il nous la donne, et avec elle, tout ce qu'il est.
Il nous la donne vraiment; ce n'est pas un prêt, c'est un don.
Il s'immobilise, se fait comme une chose, pour que nous le puissions posséder véritablement.
Il se fait pain; son Corps, son Sang, son âme et sa divinité remplacent la substance du pain offert: on ne le voit pas, on l'a!
Et voilà notre héritage: Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST! Il veut se donner à tous, mais tous ne le veulent pas. - Il en est qui le voudraient, mais qui refusent d'accepter les conditions de pureté, de bonne vie, qu'il a posées; et leur malice a la puissance d'annuler le legs de DIEU!
p. 48
[ II ]
ADMIREZ les inventions de l'amour de Notre-Seigneur!
C'est lui seul qui a inventé cette œuvre de son amour.
Quel autre aurait pu la prévoir, aurait même osé y penser? ... - Pas même un ange!
Notre-Seigneur tout seul l'a trouvée!
Vous avez besoin de pain? - Je serai votre pain.
Et il est mort content, nous laissant du pain, et quel pain! Comme un père de famille qui travaille toute sa vie, et qui n'a qu'un but: laisser du pain à ses enfants en mourant.
Qu'est-ce que Notre-Seigneur pouvait nous donner de plus?
Dans ce testament d'amour, Notre-Seigneur a tout renfermé, toutes ses grâces et sa gloire même.
Nous pouvons dire au Père céleste: Donnez-moi les grâces dont j'ai besoin, et je vous payerai avec Jésus-Eucharistie qui m'appartient. - C'est mon bien, je puis en faire commerce, et toutes vos grâces, votre gloire même,
p. 49
ô Père saint, sont inférieures à ce prix divin.
QUand nous avons péché, nous avons une victime à offrir pour nos fautes; elle est à nous: Père, je vous l'offre; vous me pardonnerez par JÉSUS et pour JÉSUS; certes il a assez souffert, assez réparé.
Et quelque grâce que DIEU nous accorde, il est toujours en reste avec nous. JÉSUS-CHRIST, notre trésor, vaut plus que toutes les grâces, plus que le Ciel.
Les Sarrasins, tenant saint Louis, tenaient la France pour rançon. - Possédant JÉSUS-CHRIST, nous possédons déjà le Ciel.
Servons-nous donc de cette pensée: faisons fructifier JÉSUS-CHRIST. La plupart l'ensevelissent en eux, ou le laissent dans son suaire, ne s'en servent pas pour gagner le Ciel et des royaumes à DIEU, et nombreux sont-ils!
Servons-nous donc de JÉSUS-CHRIST pour prier et réparer; payons avec JÉSUS, c'est un prix surabondant.
[ III ]
MAIS depuis plus de dix-huit siècles, comment vient-il à moi cet héritage?
JÉSUS-CHRIST l'a confié à des tuteurs qui
p. 50
l'ont géré, qui l'ont conservé, pour nous le remettre à l'heure de notre majorité: ce sont les Apôtres, et parmi eux leur chef impérissable; les Apôtres l'ont remis aux prêtres et ceux-ci nous l'apportent, ouvrent pour nous le testament, nous donnent notre Hostie consacrée dans la pensée de Notre-Seigneur à la Cène: oui, pour JÉSUS-CHRIST il n'y a ni passé, ni présent, ni avenir; il nous connaissait tous à la Cène, ce bon Père; il a consacré en puissance et dans son désir toutes nos Hosties, et nous avons été aimés personnellement dix huit [ vingt ] siècles avant de naître.
Oui, nous étions à la Cène, et JÉSUS nous a réservé, non pas une Hostie, mais cent, mais mille, mais pour tous les jours de notre vie. - Y pensons-nous? JÉSUS a voulu nous aimer avec surabondance. Nos Hosties sont préparées, n'en perdons pas une seule.
Notre-Seigneur ne vient que pour fructifier, et nous le laisserions infécond? - Non, jamais! - Faites-le fructifier par lui-même: Negociamini! Ne laissez pas d'Hosties stériles!
Est-il bon, le Sauveur!
p. 51
La Cène a duré environ trois heures; c'est la Passion de son amour.
Ah! qu'il a coûté cher, ce Pain!
On dit: Le pain est cher. - Qu'est-ce que cela en comparaison du Pain céleste, du Pain de Vie?
Mangeons-le donc; il nous appartient. Notre Seigneur nous l'a acheté, l'a payé lui-même; il nous le donne, il n'y a qu'à le prendre!
Quel honneur! quel amour!
Thursday, 6 November 2014
TOUS LES JOURS, LA SAINTE MESSE
p. 265
CHAPITRE XXVII.
PRESSANTE EXHORTATION À ENTENDRE
TOUS LES JOURS LA SAINTE MESSE.
Après tout ce qui a été dit jusqu’ici, il semblerait
inutile de vous exhorter à entendre chaque jour
la sainte Messe. Cependant j'ajouterai quelques
réflexions propres à affermir en vous cette résolution.
D'abord, aucune heure du jour n'est si précieuse
que celle de la sainte Messe. C'est vraiment une heure
d'or et, par son influence, tout ce que vous ferez dans
la journée sera, pour ainsi dire, changé en or. Sans
cette bénédiction qu'on remporte de l'autel, nous ne
saurions gagner qu'un vil métal. Vous m'objecterez peut-être:
Le travail m'est plus nécessaire que l'audition
de la Messe, puisque, par lui, je nourris ma
famille. Non, cher lecteur! L'audition de la Messe
vous est plus
p. 266
nécessaire que le travail, car, sans elle,
votre salut deviendrait bien difficile. Je ne vous dis
point de ne pas travailler, je voudrais seulement vous
voir donner à DIEU une petite demi-heure chaque
matin. Béni par sa main paternelle, votre travail ne
réussira que mieux.
Ah! si les ouvriers de nos jours voulaient y croire!
S'ils voulaient commencer leur journée à l'église!
Que peuvent-ils gagner pendant une demi-heure soit
aux champs, soit à l'atelier? Quelques centimes à
peine, et, pour ce gain imperceptible, ils renoncent aux
trésors célestes. Que dis-je? ils se privent même
des prospérités temporelles, en se privant de la
bénédiction féconde, attachée par DIEU au saint sacrifice.
S'il pleuvait de l'or, ne laisseriez-vous pas, pour le recueillir, vos
occupations les plus urgentes? En vérité,
à chaque Messe l'or coule du ciel. Cet or est
l'augmentation de la grâce divine, des mérites, des vertus,
de la céleste gloire; c'est la consolation et la piété,
c'est la protection de DIEU sur nos affaires
temporelles, le pardon de nos péchés et la rémission des
peines encourues. C'est le bonheur, le salut, la grâce,
la miséricorde. Toutes ces choses ne sont-elles pas
précieuses comme l'or pur? Quand, de peur d'un dérangement
sans conséquence, ou pour un gain misérable,
vous négligez la Messe un jour ouvrier, votre folie
est plus grande que celle d'un homme qui continuerait
à travailler au lieu de recueillir la pluie d'or.
Aussi Fornerus appelle-t-il la Messe
« une mine d'or » où l'on gagne bien plus que dans une carrière
de pierres. L'Église, elle, la proclame « la plus
excellente des œuvres », la plus propre, par conséquent,
à nous enrichir.
p. 267
« Si cet adorable sacrifice ne s'accomplissait qu'en
un seul lieu et qu'un seul prêtre dans le monde consacrât
l'Hostie sainte, avec quelle ardeur les hommes
n'accourraient-ils pas en ce lieu, vers ce prêtre unique
pour assister à la célébration des saints mystères?
« Mais il y a plusieurs prêtres et le Christ est offert
en plusieurs lieux, afin que la miséricorde et l'amour
de DIEU pour l'homme éclatent d'autant plus. Combien
donc ne doit-on pas gémir de ce que plusieurs montrent
tant d'indifférence pour ce sacré mystère, qui
est la joie du ciel et le salut du monde!
« Ô aveuglement! ô dureté du cœur humain! d'être
si peu touché de ce don ineffable et que l'habitude
conduit à l'indifférence! ( 1 ) »
( 1 ) Im. L. IV, c. I, v. 12.
§ 1. —Motifs d'entendre la sainte Messe tous les jours.
L'ambition de mon cœur, ô Chrétien, est de vous
porter à l'audition quotidienne de la sainte Messe.
Aussi veux-je encore détailler les nombreux et nobles
motifs sur lesquels est basée cette excellente dévotion.
Écoutez et considérez: Vous avez été créé de DIEU
pour le servir: la Messe est le culte divin par excellence.
Vous êtes obligé de le remercier pour ses bienfaits spirituels et temporels:
la Messe est le plus parfait sacrifice d'action de grâces. Vous êtes sur la
terre pour louer la divine Majesté: la sainte Messe
est le plus sublime sacrifice de louange. Vous avez
contracté une
p. 268
dette écrasante: la sainte Messe est le
plus riche sacrifice de satisfaction. Le péché, la maladie,
la mort vous menacent: la Messe est le plus
efficace sacrifice d'impétration. Le démon vous poursuit,
dresse ses embûches, s'efforce de vous entraîner
dans la géhenne: la Messe est le bouclier contre
lequel se brise sa puissance infernale. La mort vous
fait peur, vous cherchez des défenseurs pour la
dernière heure, et le Seigneur vous promet l'assistance
d'autant de ses saints que vous aurez entendu ( lmdy: lu, étant dans l'impossibilité d'aller l'entendre ) de Messes. ( 1 )
( 1 ) Sainte Mechtilde.
Quand il ne vous est pas possible d'assister chaque
jour à la Messe, faites-en au moins célébrer quelques-
unes, afin de suppléer à vos omissions dans le service
de DIEU et de payer pour vos fautes quotidiennes.
Si vous êtes trop pauvre, voici un conseil. Un mendiant
frappe-t-il à votre porte, un ami dans la gêne
demande-t-il un service? Offrez l'aumône de votre
pauvreté, prêtez la force de votre bras, puis dites à
vos obligés: « Pour l'amour de DIEU, veuillez entendre
une sainte Messe à mes intentions. » Certainement,
les pauvres gens vous remplaceront volontiers
au pied de l'autel et attireront sur vous et sur eux-
mêmes la bénédiction du Seigneur. Rappelez-vous
l'histoire rapportée au chapître XIX.
La pratique d'entendre la Messe les uns pour les
autres est extrêmement avantageuse et parfaitement
possible ainsi que je vous l'ai déjà expliqué. Il n'en
est pas de l'audition de la Messe comme de la communion.
On dit bien je communierai pour vous, pour
les âmes du Purgatoire, mais cela n'a pas la même
signification que de dire: j'entendrai
p. 269
la Messe pour vous. Il est aussi impossible de recevoir un sacrement
pour un autre qu'il est impossible de manger pour
lui. Néanmoins votre communion sera très avantageuse
au prochain, parce que toutes les bonnes œuvres
effacent une partie de la peine attachée à nos péchés,
avantage que nous pouvons céder à notre frère; de
plus, la communion, en augmentant en nous la grâce,
rend notre prière plus ardente et plus efficace.
Quant à la sainte Messe, Jésus-Christ ne l'a pas
instituée seulement pour celui qui la célèbre ou qui
l'entend, il veut que les absents en aient leur part,
elle leur est faite au Memento des vivants. « Souvenez-vous, Seigneur, de ceux pour qui nous vous offrons, ou qui vous offrent ce sacrifice pour eux-mêmes et pour tous ceux qui leur appartiennent. »
Enfin, chacun peut se dépouiller en faveur du prochain des mérites qu'il acquiert ou des trésors satisfactoires qu'il puise au saint sacrifice. Il me semble donc plus avantageux d'entendre la Messe pour quelqu'un que de communier pour lui. Le mieux restera toujours de s'unir à la victime immolée pour nous sur l'autel, en la recevant dans son cœur. C'est la participation la plus intime au sacrifice.
§ 2. — Les saints nous ont donné l'exemple de la fréquente assistance à la sainte Messe.
« Les paroles touchent, l'exemple persuade. » Si mes pressantes exhortations ne vous ont pas encore convaincu, je vous citerai l'exemple des saints qui, malgré leurs nombreux et importants travaux, mettaient la sainte Messe au premier rang de leurs occupations.
p. 270
Saint Augustin rapporte de sa bienheureuse mère Monique, qu'elle ne laissait passer aucun jour sans assister à la sainte Messe. Elle estimait trop la valeur du saint sacrifice dont la vertu salutaire efface jusqu'à la trace de nos fautes. Se sentant mourir loin de la patrie, elle recommandait à son fils, non pas de lui ménager des funérailles pompeuses, mais de porter chaque jour son souvenir à l'autel.
Sainte Hedwige, duchesse de Pologne, entendait tous les jours plusieurs Messes, et quand il ne se trouvait pas assez de prêtres à la cour, elle en faisait appeler d'autres pour satisfaire sa dévotion.
Saint Louis, roi de France, assistait à deux Messes, et souvent à quatre. Ses gens l'en blâmaient et trouvaient que le roi devait plutôt s'occuper des affaires du gouvernement. Le saint répondit à leurs critiques: « Je m'étonne de tant d'inquiétudes. Si j'employais le double de ce temps au jeu ou à la chasse, personne n'aurait un mot de reproche. »
Excellente réponse, qui ne convient pas seulement aux courtisans de Louis IX, mais à nous tous. En effet, quand un jour de la semaine il nous arrive d'assister à plusieurs Messes, ne nous semble-t-il pas avoir porté préjudice à nos affaires? ... et nous passons sans scrupules des heures entières à bavarder, à boire, à jouer, à dormir, ou même à nous attiffer devant la glace. Quel aveuglement!
Nous avons cité plus haut le roi d'Angleterre, Henri Ier, que le poids des affaires d'état ne détourna jamais d'entendre trois Messes chaque jour. Dans une entrevue avec le roi de France, ces
p. 271
deux princes vinrent à parler de questions religieuses. « J'estime, remarqua ce dernier, que l'assiduité au sermon est préférable à celle de la Messe. — Pour moi, répartit Henri, je préfère regarder mon ami qu'entendre célébrer ses louanges. »
C'est aussi mon opinion, cher lecteur, et j'ai souvent tranché la question en faveur de la Messe, sans vouloir déprécier l'utilité des instructions religieuses. Saint Wenceslas, duc de Bohême , donnait les mêmes exemples. Il est rapporté dans sa légende, que pendant la diète de Worms, l'empereur Othon convoqua un jour tous les princes pour une heure très matinale. Tous s'y trouvèrent ponctuellement, à l'exception de Wenceslas qui s'était rendu d'abord à la Messe. Après quelque temps d'attente, l'empereur dit à l'assemblée d'un ton impatient: « Ouvrons le conseil et, quand Wenceslas viendra, que personne ne se lève pour lui faire place. »
Cependant la sainte Messe était terminée et le duc arrive au palais. L'empereur le voit entrer accompagné de deux anges qui décoraient sa poitrine d'une croix d'or. Aussitôt il quitte son trône, va au-devant de lui et l'embrasse tendrement.
L'assemblée eut un mouvement de surprise en voyant Othon contrevenir le premier à ses propres ordres. Il s'en excusa: « J'ai vu, dit-il très ému, deux anges qui accompagnaient le duc, comment aurais-je osé ne pas lui rendre honneur? » Quelques jours après Wenceslas était investi du pouvoir royal et couronné roi de Bohême.
Baronius rapporte de l'empereur Lothaire qu'il entendait chaque matin trois Messes, même au
p. 272
camp. Et Surius affirme que Charles-Quint, ne manqua la Messe qu'une seule fois, lors d'une guerre en Afrique.
Le bréviaire Romain nous fait admirer l'ardente dévotion de saint Casimir, pendant l'office solennel, auquel il assistait tous les jours. « Son âme s'enflammait d'un si grand amour de DIEU qu'il ne semblait plus être de la terre. »
L'héroïque confesseur de la foi, Thomas Morus, qui donna sa vie pour Jésus-Christ en 1535, professait une très haute estime de la sainte Messe. Il l'entendait chaque matin, si urgentes que fussent ses affaires de chancelier d'état. Une fois, pendant qu'il priait ainsi au pied de l'autel, un messager vint le mander en toute hâte auprès du roi: « Patience, lui dit le lord-chancelier, je dois d'abord rendre mes hommages à un plus grand prince et assister jusqu'au bout à l'audience céleste. »
Son bonheur était parfait quand il pouvait servir la Messe; des esprits mondains se crurent obligés de lui reprocher cet « abaissement », mais il leur répondit: « C'est un très grand honneur d'être autorisé à rendre au plus Grand des grands ce petit service. »
Mon DIEU, que dirons-nous, quelles excuses présenter au jour du jugement, nous qui négligeons la Messe à cause d'occupations souvent vulgaires et insignifiantes, tandis que des personnages chargés du soin d'un royaume ont trouvé le temps nécessaire pour entendre, chaque jour, une ou plusieurs Messes? Je crains fort que le souverain juge ne prononce sur nous cette terrible sentence: « Qu'on jette ce serviteur inutile dans les ténèbres extérieures, c'est là qu'il y
p. 273
aura des pleurs et des grincements de dents. *1 »
*1 Matth. XXV, v. 30.
Ne dites pas en votre cœur: DIEU ne me damnera pas pour avoir négligé la Messe les jours ouvriers, puisqu'elle n'est obligatoire que le dimanche et les fêtes. Sans doute, il ne traitera pas une omission comme une transgression positive, mais il vous fera expier votre nonchalance à son saint service. Le serviteur paresseux qui fut jeté dans les ténèbres extérieures, n'avait ni dissipé ni perdu au jeu le talent que son maître lui avait confié; il l'avait enterré, et c'est pour son insouciance à le faire valoir qu'il fut condamné. Prenez garde que DIEU n'en use de la sorte envers vous. On a vu souvent avec quelle rigueur il punit l'indifférence envers le saint sacrifice de l'autel. Je n'en citerai qu'un exemple arrivé aux environs de Rome dans l'hiver de 1570.
Trois marchands se rendaient de Gubbio à la foire de Cisterno où ils descendirent dans la même auberge. Il firent d'excellentes affaires et, la foire terminée, deux d'entre eux dirent au troisième: « Il faudra partir demain de grand matin pour arriver chez nous avant la nuit. — Y pensez-vous? répondit l'autre; manquer la Messe demain dimanche? Je suis d'avis d'aller à l'église d'abord, ensuite nous nous mettrons en route sous la protection de DIEU. »
Les deux premiers ne veulent pas de ce conseil; ils partiront et remplaceront la Messe un autre jour. DIEU connaît bien leurs motifs et l'importance de leurs affaires. Bref, ils partent à l'heure dite, sans s'inquiéter de leur pieux compagnon qui se rend à l'église. Hélas! arrivés à
p. 274
Corfuone, à deux milles de Cisterno, traversant sur un pont de bois la rivière débordée, le pont s'effondre sous leurs pas et ils sont engloutis par les flots. Avec leur argent et leur vie, peut-être avaient-ils aussi perdu leur âme?
Une heure plus tard, arrive le troisième marchand. Les riverains lui racontent l'accident qui vient de les plonger dans l'effroi , et le conduisent près des cadavres qu'on venait de retirer de la rivière. Vous jugez de son émotion, d'autant plus pénible qu'il ne pouvait s'empêcher de constater dans ce malheur le sévère jugement de DIEU. Il remercia le ciel de l'avoir préservé par la sainte Messe d'une mort semblable, et le pria de lui venir en aide pour annoncer la terrible nouvelle aux veuves des victimes.
Puisse ce châtiment vous effrayer et vous convertir, vous tous qui n'hésitez pas entre la Messe d'obligation et un vil gain matériel, entre un péché mortel et quelques pièces de monnaie. Ceux-là aussi devraient trembler qui font leurs achats de préférence le dimanche et les jours de fête. Ne voit-on pas des groupes entiers de paysans aller au marché de la ville, au lieu d'assister à la Messe paroissiale pour l'édification de tous? En partant, ils sont toujours sûrs d'arriver à point pour une Messe. Combien de fois, dites-moi, vos emplettes vous ont-elles fait manquer une partie essentielle du saint sacrifice, en sorte que, pour des bagatelles, vous risquez le feu de l'enfer!
Quant aux parents qui détournent leurs enfants d'assister à la Messe le dimanche, ils pourraient bien encourir le châtiment de Gérontia, mère de sainte Geneviève. Un jour de fête qu'elle
p. 275
prétendait empêcher sa fille d'aller à la Messe, Geneviève lui dit avec beaucoup de fermeté: « Chère mère, je ne puis en conscience manquer la Messe aujourd'hui; je préfère vous mécontenter que mécontenter mon DIEU. » Irritée de cette réponse, Gérontia s'oublia jusqu'à la souffleter en criant à la désobéissance. La peine suivit aussitôt la faute, Gérontia fut frappée de cécité. Elle ne recouvra la lumière que deux ans plus tard, aux prières de sa sainte fille.
Les pères et mères de famille sont obligés d'envoyer à la Messe non seulement leurs enfants, mais aussi leurs serviteurs; ils doivent surveiller leur tenue à l'église et les exhorter à un grand respect envers le Saint-Sacrement. L'apôtre saint Paul le veut expressément. « Si quelqu'un n'a pas soin des siens, dit-il, et particulièrement de ceux de sa maison, il a renoncé à la foi, il est pire qu'un infidèle. » *1
*1 I Timotée, c. V, v. 3.
Le mot soin signifie, d'après saint Jean Chrysostôme, aussi bien la conservation de l'âme que du corps. Or, si un père de famille qui néglige de fournir à ses enfants et aux gens de sa maison la nourriture et le vêtement est, aux yeux de DIEU, pire qu'un infidèle, combien plus méprisable sera celui qui ne se se soucie pas du salut des siens.
Maîtres chrétiens, voyez de quelle manière vous remplissez vos devoirs à cet égard. Laissez-vous toute liberté à vos serviteurs pour aller à la Messe, quand la proximité de l'église et l'heure matinale leur en donneraient la facilité? Ne semblez-vous pas dire par votre attitude: ce n'est pas DIEU, c'est moi que tu dois servir, parce que ce
p. 276
n'est pas DIEU, c'est moi qui te paie? Tu travailleras donc toute la semaine pour moi seul. — En vérité, de tels Chrétiens sont pire que des païens; ils apprendront à l'heure de la mort l'énormité de leur péché.
Fin du chapitre 27
CHAPITRE XXVII.
PRESSANTE EXHORTATION À ENTENDRE
TOUS LES JOURS LA SAINTE MESSE.
Après tout ce qui a été dit jusqu’ici, il semblerait
inutile de vous exhorter à entendre chaque jour
la sainte Messe. Cependant j'ajouterai quelques
réflexions propres à affermir en vous cette résolution.
D'abord, aucune heure du jour n'est si précieuse
que celle de la sainte Messe. C'est vraiment une heure
d'or et, par son influence, tout ce que vous ferez dans
la journée sera, pour ainsi dire, changé en or. Sans
cette bénédiction qu'on remporte de l'autel, nous ne
saurions gagner qu'un vil métal. Vous m'objecterez peut-être:
Le travail m'est plus nécessaire que l'audition
de la Messe, puisque, par lui, je nourris ma
famille. Non, cher lecteur! L'audition de la Messe
vous est plus
p. 266
nécessaire que le travail, car, sans elle,
votre salut deviendrait bien difficile. Je ne vous dis
point de ne pas travailler, je voudrais seulement vous
voir donner à DIEU une petite demi-heure chaque
matin. Béni par sa main paternelle, votre travail ne
réussira que mieux.
Ah! si les ouvriers de nos jours voulaient y croire!
S'ils voulaient commencer leur journée à l'église!
Que peuvent-ils gagner pendant une demi-heure soit
aux champs, soit à l'atelier? Quelques centimes à
peine, et, pour ce gain imperceptible, ils renoncent aux
trésors célestes. Que dis-je? ils se privent même
des prospérités temporelles, en se privant de la
bénédiction féconde, attachée par DIEU au saint sacrifice.
S'il pleuvait de l'or, ne laisseriez-vous pas, pour le recueillir, vos
occupations les plus urgentes? En vérité,
à chaque Messe l'or coule du ciel. Cet or est
l'augmentation de la grâce divine, des mérites, des vertus,
de la céleste gloire; c'est la consolation et la piété,
c'est la protection de DIEU sur nos affaires
temporelles, le pardon de nos péchés et la rémission des
peines encourues. C'est le bonheur, le salut, la grâce,
la miséricorde. Toutes ces choses ne sont-elles pas
précieuses comme l'or pur? Quand, de peur d'un dérangement
sans conséquence, ou pour un gain misérable,
vous négligez la Messe un jour ouvrier, votre folie
est plus grande que celle d'un homme qui continuerait
à travailler au lieu de recueillir la pluie d'or.
Aussi Fornerus appelle-t-il la Messe
« une mine d'or » où l'on gagne bien plus que dans une carrière
de pierres. L'Église, elle, la proclame « la plus
excellente des œuvres », la plus propre, par conséquent,
à nous enrichir.
p. 267
« Si cet adorable sacrifice ne s'accomplissait qu'en
un seul lieu et qu'un seul prêtre dans le monde consacrât
l'Hostie sainte, avec quelle ardeur les hommes
n'accourraient-ils pas en ce lieu, vers ce prêtre unique
pour assister à la célébration des saints mystères?
« Mais il y a plusieurs prêtres et le Christ est offert
en plusieurs lieux, afin que la miséricorde et l'amour
de DIEU pour l'homme éclatent d'autant plus. Combien
donc ne doit-on pas gémir de ce que plusieurs montrent
tant d'indifférence pour ce sacré mystère, qui
est la joie du ciel et le salut du monde!
« Ô aveuglement! ô dureté du cœur humain! d'être
si peu touché de ce don ineffable et que l'habitude
conduit à l'indifférence! ( 1 ) »
( 1 ) Im. L. IV, c. I, v. 12.
§ 1. —Motifs d'entendre la sainte Messe tous les jours.
L'ambition de mon cœur, ô Chrétien, est de vous
porter à l'audition quotidienne de la sainte Messe.
Aussi veux-je encore détailler les nombreux et nobles
motifs sur lesquels est basée cette excellente dévotion.
Écoutez et considérez: Vous avez été créé de DIEU
pour le servir: la Messe est le culte divin par excellence.
Vous êtes obligé de le remercier pour ses bienfaits spirituels et temporels:
la Messe est le plus parfait sacrifice d'action de grâces. Vous êtes sur la
terre pour louer la divine Majesté: la sainte Messe
est le plus sublime sacrifice de louange. Vous avez
contracté une
p. 268
dette écrasante: la sainte Messe est le
plus riche sacrifice de satisfaction. Le péché, la maladie,
la mort vous menacent: la Messe est le plus
efficace sacrifice d'impétration. Le démon vous poursuit,
dresse ses embûches, s'efforce de vous entraîner
dans la géhenne: la Messe est le bouclier contre
lequel se brise sa puissance infernale. La mort vous
fait peur, vous cherchez des défenseurs pour la
dernière heure, et le Seigneur vous promet l'assistance
d'autant de ses saints que vous aurez entendu ( lmdy: lu, étant dans l'impossibilité d'aller l'entendre ) de Messes. ( 1 )
( 1 ) Sainte Mechtilde.
Quand il ne vous est pas possible d'assister chaque
jour à la Messe, faites-en au moins célébrer quelques-
unes, afin de suppléer à vos omissions dans le service
de DIEU et de payer pour vos fautes quotidiennes.
Si vous êtes trop pauvre, voici un conseil. Un mendiant
frappe-t-il à votre porte, un ami dans la gêne
demande-t-il un service? Offrez l'aumône de votre
pauvreté, prêtez la force de votre bras, puis dites à
vos obligés: « Pour l'amour de DIEU, veuillez entendre
une sainte Messe à mes intentions. » Certainement,
les pauvres gens vous remplaceront volontiers
au pied de l'autel et attireront sur vous et sur eux-
mêmes la bénédiction du Seigneur. Rappelez-vous
l'histoire rapportée au chapître XIX.
La pratique d'entendre la Messe les uns pour les
autres est extrêmement avantageuse et parfaitement
possible ainsi que je vous l'ai déjà expliqué. Il n'en
est pas de l'audition de la Messe comme de la communion.
On dit bien je communierai pour vous, pour
les âmes du Purgatoire, mais cela n'a pas la même
signification que de dire: j'entendrai
p. 269
la Messe pour vous. Il est aussi impossible de recevoir un sacrement
pour un autre qu'il est impossible de manger pour
lui. Néanmoins votre communion sera très avantageuse
au prochain, parce que toutes les bonnes œuvres
effacent une partie de la peine attachée à nos péchés,
avantage que nous pouvons céder à notre frère; de
plus, la communion, en augmentant en nous la grâce,
rend notre prière plus ardente et plus efficace.
Quant à la sainte Messe, Jésus-Christ ne l'a pas
instituée seulement pour celui qui la célèbre ou qui
l'entend, il veut que les absents en aient leur part,
elle leur est faite au Memento des vivants. « Souvenez-vous, Seigneur, de ceux pour qui nous vous offrons, ou qui vous offrent ce sacrifice pour eux-mêmes et pour tous ceux qui leur appartiennent. »
Enfin, chacun peut se dépouiller en faveur du prochain des mérites qu'il acquiert ou des trésors satisfactoires qu'il puise au saint sacrifice. Il me semble donc plus avantageux d'entendre la Messe pour quelqu'un que de communier pour lui. Le mieux restera toujours de s'unir à la victime immolée pour nous sur l'autel, en la recevant dans son cœur. C'est la participation la plus intime au sacrifice.
§ 2. — Les saints nous ont donné l'exemple de la fréquente assistance à la sainte Messe.
« Les paroles touchent, l'exemple persuade. » Si mes pressantes exhortations ne vous ont pas encore convaincu, je vous citerai l'exemple des saints qui, malgré leurs nombreux et importants travaux, mettaient la sainte Messe au premier rang de leurs occupations.
p. 270
Saint Augustin rapporte de sa bienheureuse mère Monique, qu'elle ne laissait passer aucun jour sans assister à la sainte Messe. Elle estimait trop la valeur du saint sacrifice dont la vertu salutaire efface jusqu'à la trace de nos fautes. Se sentant mourir loin de la patrie, elle recommandait à son fils, non pas de lui ménager des funérailles pompeuses, mais de porter chaque jour son souvenir à l'autel.
Sainte Hedwige, duchesse de Pologne, entendait tous les jours plusieurs Messes, et quand il ne se trouvait pas assez de prêtres à la cour, elle en faisait appeler d'autres pour satisfaire sa dévotion.
Saint Louis, roi de France, assistait à deux Messes, et souvent à quatre. Ses gens l'en blâmaient et trouvaient que le roi devait plutôt s'occuper des affaires du gouvernement. Le saint répondit à leurs critiques: « Je m'étonne de tant d'inquiétudes. Si j'employais le double de ce temps au jeu ou à la chasse, personne n'aurait un mot de reproche. »
Excellente réponse, qui ne convient pas seulement aux courtisans de Louis IX, mais à nous tous. En effet, quand un jour de la semaine il nous arrive d'assister à plusieurs Messes, ne nous semble-t-il pas avoir porté préjudice à nos affaires? ... et nous passons sans scrupules des heures entières à bavarder, à boire, à jouer, à dormir, ou même à nous attiffer devant la glace. Quel aveuglement!
Nous avons cité plus haut le roi d'Angleterre, Henri Ier, que le poids des affaires d'état ne détourna jamais d'entendre trois Messes chaque jour. Dans une entrevue avec le roi de France, ces
p. 271
deux princes vinrent à parler de questions religieuses. « J'estime, remarqua ce dernier, que l'assiduité au sermon est préférable à celle de la Messe. — Pour moi, répartit Henri, je préfère regarder mon ami qu'entendre célébrer ses louanges. »
C'est aussi mon opinion, cher lecteur, et j'ai souvent tranché la question en faveur de la Messe, sans vouloir déprécier l'utilité des instructions religieuses. Saint Wenceslas, duc de Bohême , donnait les mêmes exemples. Il est rapporté dans sa légende, que pendant la diète de Worms, l'empereur Othon convoqua un jour tous les princes pour une heure très matinale. Tous s'y trouvèrent ponctuellement, à l'exception de Wenceslas qui s'était rendu d'abord à la Messe. Après quelque temps d'attente, l'empereur dit à l'assemblée d'un ton impatient: « Ouvrons le conseil et, quand Wenceslas viendra, que personne ne se lève pour lui faire place. »
Cependant la sainte Messe était terminée et le duc arrive au palais. L'empereur le voit entrer accompagné de deux anges qui décoraient sa poitrine d'une croix d'or. Aussitôt il quitte son trône, va au-devant de lui et l'embrasse tendrement.
L'assemblée eut un mouvement de surprise en voyant Othon contrevenir le premier à ses propres ordres. Il s'en excusa: « J'ai vu, dit-il très ému, deux anges qui accompagnaient le duc, comment aurais-je osé ne pas lui rendre honneur? » Quelques jours après Wenceslas était investi du pouvoir royal et couronné roi de Bohême.
Baronius rapporte de l'empereur Lothaire qu'il entendait chaque matin trois Messes, même au
p. 272
camp. Et Surius affirme que Charles-Quint, ne manqua la Messe qu'une seule fois, lors d'une guerre en Afrique.
Le bréviaire Romain nous fait admirer l'ardente dévotion de saint Casimir, pendant l'office solennel, auquel il assistait tous les jours. « Son âme s'enflammait d'un si grand amour de DIEU qu'il ne semblait plus être de la terre. »
L'héroïque confesseur de la foi, Thomas Morus, qui donna sa vie pour Jésus-Christ en 1535, professait une très haute estime de la sainte Messe. Il l'entendait chaque matin, si urgentes que fussent ses affaires de chancelier d'état. Une fois, pendant qu'il priait ainsi au pied de l'autel, un messager vint le mander en toute hâte auprès du roi: « Patience, lui dit le lord-chancelier, je dois d'abord rendre mes hommages à un plus grand prince et assister jusqu'au bout à l'audience céleste. »
Son bonheur était parfait quand il pouvait servir la Messe; des esprits mondains se crurent obligés de lui reprocher cet « abaissement », mais il leur répondit: « C'est un très grand honneur d'être autorisé à rendre au plus Grand des grands ce petit service. »
Mon DIEU, que dirons-nous, quelles excuses présenter au jour du jugement, nous qui négligeons la Messe à cause d'occupations souvent vulgaires et insignifiantes, tandis que des personnages chargés du soin d'un royaume ont trouvé le temps nécessaire pour entendre, chaque jour, une ou plusieurs Messes? Je crains fort que le souverain juge ne prononce sur nous cette terrible sentence: « Qu'on jette ce serviteur inutile dans les ténèbres extérieures, c'est là qu'il y
p. 273
aura des pleurs et des grincements de dents. *1 »
*1 Matth. XXV, v. 30.
Ne dites pas en votre cœur: DIEU ne me damnera pas pour avoir négligé la Messe les jours ouvriers, puisqu'elle n'est obligatoire que le dimanche et les fêtes. Sans doute, il ne traitera pas une omission comme une transgression positive, mais il vous fera expier votre nonchalance à son saint service. Le serviteur paresseux qui fut jeté dans les ténèbres extérieures, n'avait ni dissipé ni perdu au jeu le talent que son maître lui avait confié; il l'avait enterré, et c'est pour son insouciance à le faire valoir qu'il fut condamné. Prenez garde que DIEU n'en use de la sorte envers vous. On a vu souvent avec quelle rigueur il punit l'indifférence envers le saint sacrifice de l'autel. Je n'en citerai qu'un exemple arrivé aux environs de Rome dans l'hiver de 1570.
Trois marchands se rendaient de Gubbio à la foire de Cisterno où ils descendirent dans la même auberge. Il firent d'excellentes affaires et, la foire terminée, deux d'entre eux dirent au troisième: « Il faudra partir demain de grand matin pour arriver chez nous avant la nuit. — Y pensez-vous? répondit l'autre; manquer la Messe demain dimanche? Je suis d'avis d'aller à l'église d'abord, ensuite nous nous mettrons en route sous la protection de DIEU. »
Les deux premiers ne veulent pas de ce conseil; ils partiront et remplaceront la Messe un autre jour. DIEU connaît bien leurs motifs et l'importance de leurs affaires. Bref, ils partent à l'heure dite, sans s'inquiéter de leur pieux compagnon qui se rend à l'église. Hélas! arrivés à
p. 274
Corfuone, à deux milles de Cisterno, traversant sur un pont de bois la rivière débordée, le pont s'effondre sous leurs pas et ils sont engloutis par les flots. Avec leur argent et leur vie, peut-être avaient-ils aussi perdu leur âme?
Une heure plus tard, arrive le troisième marchand. Les riverains lui racontent l'accident qui vient de les plonger dans l'effroi , et le conduisent près des cadavres qu'on venait de retirer de la rivière. Vous jugez de son émotion, d'autant plus pénible qu'il ne pouvait s'empêcher de constater dans ce malheur le sévère jugement de DIEU. Il remercia le ciel de l'avoir préservé par la sainte Messe d'une mort semblable, et le pria de lui venir en aide pour annoncer la terrible nouvelle aux veuves des victimes.
Puisse ce châtiment vous effrayer et vous convertir, vous tous qui n'hésitez pas entre la Messe d'obligation et un vil gain matériel, entre un péché mortel et quelques pièces de monnaie. Ceux-là aussi devraient trembler qui font leurs achats de préférence le dimanche et les jours de fête. Ne voit-on pas des groupes entiers de paysans aller au marché de la ville, au lieu d'assister à la Messe paroissiale pour l'édification de tous? En partant, ils sont toujours sûrs d'arriver à point pour une Messe. Combien de fois, dites-moi, vos emplettes vous ont-elles fait manquer une partie essentielle du saint sacrifice, en sorte que, pour des bagatelles, vous risquez le feu de l'enfer!
Quant aux parents qui détournent leurs enfants d'assister à la Messe le dimanche, ils pourraient bien encourir le châtiment de Gérontia, mère de sainte Geneviève. Un jour de fête qu'elle
p. 275
prétendait empêcher sa fille d'aller à la Messe, Geneviève lui dit avec beaucoup de fermeté: « Chère mère, je ne puis en conscience manquer la Messe aujourd'hui; je préfère vous mécontenter que mécontenter mon DIEU. » Irritée de cette réponse, Gérontia s'oublia jusqu'à la souffleter en criant à la désobéissance. La peine suivit aussitôt la faute, Gérontia fut frappée de cécité. Elle ne recouvra la lumière que deux ans plus tard, aux prières de sa sainte fille.
Les pères et mères de famille sont obligés d'envoyer à la Messe non seulement leurs enfants, mais aussi leurs serviteurs; ils doivent surveiller leur tenue à l'église et les exhorter à un grand respect envers le Saint-Sacrement. L'apôtre saint Paul le veut expressément. « Si quelqu'un n'a pas soin des siens, dit-il, et particulièrement de ceux de sa maison, il a renoncé à la foi, il est pire qu'un infidèle. » *1
*1 I Timotée, c. V, v. 3.
Le mot soin signifie, d'après saint Jean Chrysostôme, aussi bien la conservation de l'âme que du corps. Or, si un père de famille qui néglige de fournir à ses enfants et aux gens de sa maison la nourriture et le vêtement est, aux yeux de DIEU, pire qu'un infidèle, combien plus méprisable sera celui qui ne se se soucie pas du salut des siens.
Maîtres chrétiens, voyez de quelle manière vous remplissez vos devoirs à cet égard. Laissez-vous toute liberté à vos serviteurs pour aller à la Messe, quand la proximité de l'église et l'heure matinale leur en donneraient la facilité? Ne semblez-vous pas dire par votre attitude: ce n'est pas DIEU, c'est moi que tu dois servir, parce que ce
p. 276
n'est pas DIEU, c'est moi qui te paie? Tu travailleras donc toute la semaine pour moi seul. — En vérité, de tels Chrétiens sont pire que des païens; ils apprendront à l'heure de la mort l'énormité de leur péché.
Fin du chapitre 27
PSAUME 88 ( Vulgate 87 ) — PRIÈRE DANS LE NOIR
PSAUME 88 ( Vulgate 87 ) — PRIÈRE DANS LE NOIR
Commentaire: René BOUREAU, prêtre de l'ORATOIRE DE FRANCE
bible de mélan ( non, pas Meulan, mais Mélan )
traduction
Osty
Trinquet
Page 798-799
R.B.: Un malheureux prie dans la nuit sans qu'il soit répondu, sans que puisse être entrevu le salut, chant très pur d'une foi qui, sans révolte, pleure sa misère vers son Dieu ( 2-3 ). Tout est perdu, la mort est là, proche, dans un corps souffrant, dans une âme sans espoir, dans le mortel ennui des soucis infatigables ( 4-7 ) ou le froid des solitudes ( 9-10 ).
Alors monte un appel, confiant malgré la nuit, une espérance que rien d'autre n'appuie, sinon que Dieu est là, dont l'amour veille ( 11-14 ).
À peine une question: « Pourquoi ... ? » ( 15 ). Seule surnage une misère blottie ( 16-19 ), recroquevillée, entre les mains de Dieu, le seul qui sache, le seul qui puisse, ultime raccroc, face au néant, pour cet homme qui ne sait pas encore le dernier mot de tout: « Qui croit en moi, vivra » ( Jean 11, 25 ).
2 Yahvé, Dieu de mon salut, je crie le jour,
La nuit [ je me tiens ] devant toi.
3 Que ma prière parvienne devant toi,
tends l'oreille à mon cri.
4 Car mon âme est rassasiée de maux
et ma vie touche au chéol;
5 compté parmi ceux qui descendent à la fosse,
je suis comme un homme sans force,
6 reclus parmi les morts,
pareil aux massacrés qui gisent dans la tombe,
hors de ton souvenir et soustraits à ta main.
7 Tu m'as placé au tréfonds de la fosse,
dans les ténèbres, dans les gouffres;
8 sur moi pèse ta fureur
et de toutes tes vagues tu m'affliges.
9 Tu as éloigné de moi mes familiers,
tu m'as fait pour eux une horreur,
je suis enfermé et je ne puis sortir.
10 Mon œil s'épuise de misère,
je t'appelle, Yahvé, tout le jour,
je tends mes mains vers toi.
11 Pour les morts fais-tu quelque merveille,
les Ombres se lèvent-elles pour te louer ?
12 Dans le tombeau parle-t-on de ta grâce,
de ta fidélité au lieu de perdition ?
13 Dans les ténèbres connaît-on tes merveilles,
et ta justice au pays de l'oubli ?
14 Et moi, Yahvé, je crie vers toi,
dès le matin ma prière te prévient.
15 Pourquoi, Yahvé, rejettes-tu mon âme ?
[ Pourquoi ] me caches-tu ta face ?
16 Malheureux que je suis, expirant dès l'enfance,
j'endure tes terreurs, je suis désemparé.
17 Sur moi ont passé tes colères,
tes épouvantes m'ont anéanti.
18 Elles m'entourent comme des eaux tout le jour,
toutes ensemble elles me cernent.
19 Tu as éloigné de moi ami et compagnon,
mes familiers sont les ténèbres.
Commentaire: René BOUREAU, prêtre de l'ORATOIRE DE FRANCE
bible de mélan ( non, pas Meulan, mais Mélan )
traduction
Osty
Trinquet
Page 798-799
R.B.: Un malheureux prie dans la nuit sans qu'il soit répondu, sans que puisse être entrevu le salut, chant très pur d'une foi qui, sans révolte, pleure sa misère vers son Dieu ( 2-3 ). Tout est perdu, la mort est là, proche, dans un corps souffrant, dans une âme sans espoir, dans le mortel ennui des soucis infatigables ( 4-7 ) ou le froid des solitudes ( 9-10 ).
Alors monte un appel, confiant malgré la nuit, une espérance que rien d'autre n'appuie, sinon que Dieu est là, dont l'amour veille ( 11-14 ).
À peine une question: « Pourquoi ... ? » ( 15 ). Seule surnage une misère blottie ( 16-19 ), recroquevillée, entre les mains de Dieu, le seul qui sache, le seul qui puisse, ultime raccroc, face au néant, pour cet homme qui ne sait pas encore le dernier mot de tout: « Qui croit en moi, vivra » ( Jean 11, 25 ).
2 Yahvé, Dieu de mon salut, je crie le jour,
La nuit [ je me tiens ] devant toi.
3 Que ma prière parvienne devant toi,
tends l'oreille à mon cri.
4 Car mon âme est rassasiée de maux
et ma vie touche au chéol;
5 compté parmi ceux qui descendent à la fosse,
je suis comme un homme sans force,
6 reclus parmi les morts,
pareil aux massacrés qui gisent dans la tombe,
hors de ton souvenir et soustraits à ta main.
7 Tu m'as placé au tréfonds de la fosse,
dans les ténèbres, dans les gouffres;
8 sur moi pèse ta fureur
et de toutes tes vagues tu m'affliges.
9 Tu as éloigné de moi mes familiers,
tu m'as fait pour eux une horreur,
je suis enfermé et je ne puis sortir.
10 Mon œil s'épuise de misère,
je t'appelle, Yahvé, tout le jour,
je tends mes mains vers toi.
11 Pour les morts fais-tu quelque merveille,
les Ombres se lèvent-elles pour te louer ?
12 Dans le tombeau parle-t-on de ta grâce,
de ta fidélité au lieu de perdition ?
13 Dans les ténèbres connaît-on tes merveilles,
et ta justice au pays de l'oubli ?
14 Et moi, Yahvé, je crie vers toi,
dès le matin ma prière te prévient.
15 Pourquoi, Yahvé, rejettes-tu mon âme ?
[ Pourquoi ] me caches-tu ta face ?
16 Malheureux que je suis, expirant dès l'enfance,
j'endure tes terreurs, je suis désemparé.
17 Sur moi ont passé tes colères,
tes épouvantes m'ont anéanti.
18 Elles m'entourent comme des eaux tout le jour,
toutes ensemble elles me cernent.
19 Tu as éloigné de moi ami et compagnon,
mes familiers sont les ténèbres.
MARIE: efficacité de sa prière d'intercession.
MARIE: efficacité de sa prière d'intercession.
Sans doute, Marie ne répond pas toujours par des miracles éclatants à nos cris de détresse, mais jamais on ne l'invoque en vain, et comme elle est, par sa dignité de Mère de DIEU, incomparablement plus rapprochée de l'adorable Trinité que les autres saints, son intercession est aussi plus puissante que la leur. Marie a, du reste, révélé l'efficacité de sa prière au bienheureux Alain. Voici ce qu'en dit ce saint religieux.
« 1° Ce que Marie demande à DIEU lui est accordé.
2° DIEU a résolu de faire miséricorde à tous ceux pour qui elle prie.
3° Son intercession a une immense influence sur les destinées des hommes.
4° Elle aime plus les pécheurs qu'un homme ne peut en aimer un autre.
5° Elle désire tellement leur salut qu'elle serait prête, si DIEU le permettait, à satisfaire pour chacun d'eux par toutes les peines possibles.
6° Le moindre acte fait en son honneur vaut plus que le culte de tous les autres saints.
7° Un seul Ave Maria dit pieusement est accueilli par elle comme un don très précieux.
8° Autant le ciel entier l'emporte sur une étoile, autant la miséricorde de Marie surpasse celle des autres saints.
9° Autant le soleil est plus utile à la terre que les autres astres, autant l'intercession de Marie est plus avantageuse que celle des autres saints.
10° L'hommage que nous rendons à Marie réjouit tous les saints.
11° Celui qu'on rend aux saints est semblable à l'argent; celui que nous rendons à Marie est comme l'or; l'hommage rendu à Jésus-Christ est semblable aux pierres précieuses et celui que nous rendons à la sainte Trinité brille comme les étoiles du ciel.
12° Marie retire chaque jour quelques âmes du purgatoire.
Ces douze privilèges sont comme la couronne de douze étoiles que saint Jean a entrevue sur la tête de Marie. Quiconque les contemple avec attention se sent irrésistiblement attiré vers le culte de la mère de DIEU. En effet, qui ne la saluerait avec joie d'un Ave Maria, sachant que cette courte prière lui est infiniment précieuse? Qui ne se constituerait son serviteur, puisque le service qu'on lui rend surpasse tous ceux qu'on peut rendre aux saints? Mettez donc tout votre zèle à réjouir et à honorer la très sainte Vierge, surtout par l'assistance à la sainte Messe. Rappelez-vous qu'à chaque Messe Jésus renouvelle sa naissance, en sorte que la dignité maternelle de Marie jette un nouvel éclat.
EXPLICATION DU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE
( R.P. Martin de Cochem, pp. 175-176 ).
Sans doute, Marie ne répond pas toujours par des miracles éclatants à nos cris de détresse, mais jamais on ne l'invoque en vain, et comme elle est, par sa dignité de Mère de DIEU, incomparablement plus rapprochée de l'adorable Trinité que les autres saints, son intercession est aussi plus puissante que la leur. Marie a, du reste, révélé l'efficacité de sa prière au bienheureux Alain. Voici ce qu'en dit ce saint religieux.
« 1° Ce que Marie demande à DIEU lui est accordé.
2° DIEU a résolu de faire miséricorde à tous ceux pour qui elle prie.
3° Son intercession a une immense influence sur les destinées des hommes.
4° Elle aime plus les pécheurs qu'un homme ne peut en aimer un autre.
5° Elle désire tellement leur salut qu'elle serait prête, si DIEU le permettait, à satisfaire pour chacun d'eux par toutes les peines possibles.
6° Le moindre acte fait en son honneur vaut plus que le culte de tous les autres saints.
7° Un seul Ave Maria dit pieusement est accueilli par elle comme un don très précieux.
8° Autant le ciel entier l'emporte sur une étoile, autant la miséricorde de Marie surpasse celle des autres saints.
9° Autant le soleil est plus utile à la terre que les autres astres, autant l'intercession de Marie est plus avantageuse que celle des autres saints.
10° L'hommage que nous rendons à Marie réjouit tous les saints.
11° Celui qu'on rend aux saints est semblable à l'argent; celui que nous rendons à Marie est comme l'or; l'hommage rendu à Jésus-Christ est semblable aux pierres précieuses et celui que nous rendons à la sainte Trinité brille comme les étoiles du ciel.
12° Marie retire chaque jour quelques âmes du purgatoire.
Ces douze privilèges sont comme la couronne de douze étoiles que saint Jean a entrevue sur la tête de Marie. Quiconque les contemple avec attention se sent irrésistiblement attiré vers le culte de la mère de DIEU. En effet, qui ne la saluerait avec joie d'un Ave Maria, sachant que cette courte prière lui est infiniment précieuse? Qui ne se constituerait son serviteur, puisque le service qu'on lui rend surpasse tous ceux qu'on peut rendre aux saints? Mettez donc tout votre zèle à réjouir et à honorer la très sainte Vierge, surtout par l'assistance à la sainte Messe. Rappelez-vous qu'à chaque Messe Jésus renouvelle sa naissance, en sorte que la dignité maternelle de Marie jette un nouvel éclat.
EXPLICATION DU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE
( R.P. Martin de Cochem, pp. 175-176 ).
Subscribe to:
Posts (Atom)